Un périscope in situ

 

La quête d’harmonie sous le prisme de l’équilibre semble interroger Lucien Roux. Comment interpeler le regardeur en respectant cette esthétique? L’artiste, par un jeu habile d’échelle, dote le duo visiteur - dès lors spectateur / œuvre, d’une tension palpable. On dépasse rapidement le constat de la finesse technique du geste au profit des disproportions. Gilles Deleuze, citant Bacon, traduit ce concept de Diagramme et l’illustre en comparant ce décalage au fait d’ « introduire le Sahara, une zone de Sahara, dans la tête ».

 

Lucien Roux, alerte au monde qui l’entoure, s’intéresse aux questions d’actualité, aux détails ou réflexions parallèles aux grands événements. Dans son exposition Periscope, la rencontre entre Mark Zuckerberg et les sénateurs américains le captive. Comment un homme, au nom d'une des plus puissantes compagnies au monde, peut-il se tenir, seul et froid, face aux représentants d'une des plus hautes institutions des Etats-Unis? Les proportions et l’échelle font défaut. L’artiste réinterprète plastiquement ce décalage par différents montages de portraits de l’homme et d'anciennes photographies des paysages américains.

 

On observe une mutation des supports au cours des dernières expositions de Lucien Roux. De l’utilisation traditionnelle du châssis à l’objet scénographique intégré aux toiles (que l’on pourrait d’ailleurs comparer à une représentation de périscope ou d’objet pour observer), les œuvres deviennent ici espace et architecture. Les assemblages de dessins sont directement intégrés aux murs de la galerie.

 

Marie-Gabrielle Tramond